ROXY MUSIC album par album + top tracks

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En regardant Velvet Goldmine de Todd Haynes (superbe Jonathan Rhys Meyer) j’avais constaté qu’au delà des personnages inspirés de Bowie, Iggy et Lou Reed finalement la musique la plus présente était celle de Roxy, Bryan Ferry et Eno. Agréable de constater que ce qu’on a tant aimé est reconnu et positionné à sa juste place. J’ai toujours apprécié Bowie et j’ai considéré qu’il était le premier à avoir développé une esthétique dans le rock. Il ne se contentait pas de faire de la musique, il ajoutait de l’allure, de la personnalité, il enrichissait sérieusement le concept de pop star. Mais je lui ai toujours préféré Bryan Ferry. J’ai écouté cent fois des chansons de Bowie comme Five Years****, The Bewlay Brothers****, Ashes To Ashes****, It’s No Game***, Kooks***, Starman***… mais je ne me suis jamais senti familier avec Bowie comme je l’ai été avec Bryan Ferry. Ferry était mon modèle, c’était sur ses chansons que je dansais tout seul dans ma chambre à la campagne, week-end après week-end. C’était comme lui que je voulais me coiffer et m’habiller. L’élégance mélodique des compositions de Bryan Ferry m’a touché dès l’apparition de Roxy en 72. Il faut regarder la pochette de leur premier album Roxy Music, sorti en juin. Magnifique, osé, extrême, créatif. La chanson Re-make/Re-model*** était tellement surprenante, elle donnait l’impression d’avancer à reculons, de démarrer comme un final, les instruments du rock étaient présents, la batterie, le synthé, les guitares mais les bruits de cocktail, qu’on retrouvera sur These Foolish Things et sur la pochette de Another Time, Another Place annonçaient déjà quelque chose  de très différent du rock comme on le connaissait. C’était infiniment plus sophistiqué que Creedence Clearwater Revival, un sacré bon groupe de rock encore très écoutable aujourd’hui, que Led Zeppelin, que les Who. Et innovant, moderne. J’ai souhaité revisiter tous les albums studio de Roxy pour évaluer, titre par titre où ils se situaient aujourd’hui.

Roxy Music - Roxy Music - Inside (2-2)Re-make/Re-model*** mériterait 4 étoiles, voire 5, si je la jugeais pour son modernisme, sa différence à l’époque, sa construction, son intro mais je ne juge que la musique, l’émotion, le bonheur à l’écoute et pour ça elle mérite 3 étoiles. Ladytron**** est un très beau titremélodie implorante, séductrice, sincère, touchante, superbe partie de synthé jouée par Eno et belles orchestrations. If There Is Something**** démarre comme un titre pop traditionnel et grimpe en intensité, belle mélodie empreinte de nostalgie avec un final superbe, “when we were young”.   2 H.B.**** est un titre mélancolique, superbe mélodie et qui permet à Ferry de prendre une voix de gorge qui reviendra régulièrement lorsqu’il exprime la nostalgie. Un classique. Elégance, sophistication. Superbe. The Bob (Medley)* est la chanson la moins intéressante du disque, exercice de virtuosité froide. Un titre avec des passages d’une grande lourdeur qu’on retrouvera malheureusement tout au long de leur carrière. Chance Meeting*** pousse la mélancolie très loin, chanson émouvante qui évoque un paradis lointain, passé, désormais inaccessible mais moins dense que Ladytron ou 2 H.B.. Would You Believe?*** démarre comme pour être le sommet du disque, peut-être plus intense, plus riche d’émotion encore que les deux titres précédemment cités et pourtant il ne tient pas la distance car il tourne encore à la démonstration virtuose. Sea Breezes**** poursuit dans la même direction sophistiquée, loin du rock, médiéval par moment. C’est beau , émouvant, pure émotion, Bryan implore et il sonne juste, jamais forcé. Bitters End*** avec son côté rétro et castagnettes trouve sa place et séduit car la nostalgie une fois encore est là, bien palpable et séduisante.  Roxy Music est un album surprenant, en 72, avec une esthétique générale extrêmement séduisante, pochette fabuleuse à l’extérieur comme à l’intérieur, en décalage avec le temps même si on parle déjà de glam-rock. Innovations mélodiques, intensité de la voix de Ferry me touchent profondément. Les suivants iront encore plus loin dans l’émotion. Quelque chose d’étudié, de superficiel me gêne dans Roxy Music. Mais quelle claque à l’époque! Les premières fois que j’ai entendu Re-make/Re-model à la radio je me demandais d’où venait cet ovni…

Album average: 2,9*

UnknownFor Your Pleasure sort au printemps 73. Do The Strand**** est un hymne roxy-esque, énergique, puissant, moderne, très fort. Le plus beau morceau de l’album c’est Beauty Queen***** qui suit2ème sur la face A. Chef d’oeuvre “one thing we share, it’s an ideal love beauty… your swimming pool eyes, you worship the sun…” Les lyrics sont magnifiques, la fille si belle. L’intensité de la voix, l’hommage rendu à la pure beauté de la jeune femme sonnent juste. La toute-puissance de la beauté devant laquelle l’homme le plus sophistiqué se sent impuissant, incapable de la séduire. Ce qui pouvait sembler artificiel dans le premier album devient réel, sincère, authentique. Strictly Confidential** suit la veine des Ladytron/Chance Meeting, assez joli mais inégal. Editions Of You*** est un rock dense, joyeux, mature, plus conventionnel que Do The Strand mais encore plus nerveux. Ferry se lâche, il a séduit avec le premier album, il se libère avec le second. C’est moins maniéré, plus brut, plus net et ça fonctionne. In Every Dream Home A Heartache*** fut considéré à l’époque comme un chef d’oeuvre indépassable. L’intensité, le sens, la qualité d’écriture sont là mais c’est trop linéaire, pas assez mélodique à mon goût. Ennuyeux, malgré les traitements d’Eno. Bogus Man* est un morceau que je n’ai jamais compris, lourd, éléphantesque, dénué de mélodie, interminable. Grey Lagoons* ne me séduit pas malgré une belle intro, trop démonstratif, stérile.  For Your Pleasure*** démarre bien, pur Roxy, mais le final s’éternise un peu malgré le travail d’Eno. Un deuxième album séduisant qui confirme le talent de Bryan Ferry et du groupe mais inégal, d’un côté Beauty Queen, Do The Strand, For Your Pleasure, Editions Of You et de l’autre le reste. J’ai lu que pour beaucoup c’était le sommet de Roxy, le plus bel album. Non, non et non. Beaucoup trop inégal. Le plus beau c’est le 3ème.

Album average: 2,75*

Unknown-1Stranded, sorti en novembre de la même année démarre avec Street Life*** le rock énergique et distingué, malin et rapide. Just Like You** est une ballade doucereuse, pas marquante. Amazona*** sonne très rock mais s’avère plus profonde que le premier abord laisse penser.La première face se termine avec Psalm****, un sommet de la musique, Bryan Ferry à son meilleur, intense, une atmosphère sombre avec juste un halo de lumière très très loin. Bryan séducteur mais élégant, sobre, sincère. Magnifique. Serenade** ouvre la deuxième face. Pas mal, mélodique, intense, vif. A Song For Europe**** la seconde des quatre magnifiques chansons qui font de Stranded un merveilleux album, légendaire. Superbe mélodie, émotion intense, un chef d’oeuvre. Une délicatesse rare pour exprimer le sentiment du temps passé “ces moments qui ne reviendront jamais, jamais“, une poésie comme on en voit peu dans la pop de ces années-là. Dans le final Bryan s’exprime dans toutes les langues européennes, c’est le point qui a rendu la chanson célèbre mais aujourd’hui c’est la musique qui reste. Mother Of Pearl***** est le 3ème sommet. Encore plus belle, plus intense que Psalm et Song For Europe, plus joyeuse aussi. Une petite guitare aigue et lointaine marque la fin de chaque phrase. Eblouissant de délicatesse et d’élégance. Le final Sunset**** illustre à nouveau la délicatesse de Bryan. Calme, apaisé, élégant. Mother Of Pearl – Song For Europe – Psalm – Sunset. Un album de très haut niveau.

Album average: 3,37* (highest)

Unknown-2Country Life, sorti en novembre 74, démarre avec The Thrill Of It All*****, un rock rapide et superbement construit, une mélodie évidente et puissante, urgence et délicatesse parfaitement combinées. Une chanson que j’ai toujours adorée. Top Track. Oh Bryan! Quel démarrage! Three And Nine*** est une balade rapide empreinte de douceur et de délicatesse. All I want Is You*** est un rock dans la veine Editions Of You/Do The Strand mais qui sait alterner les passages énergiques et calmes de manière subtile, une jolie chanson efficace et bien construite. Out Of The Blue**** met la barre très haut, une guitare très en avant traitée dans une tonalité psychédélique et un Bryan qui chante sur une mélodie de haut niveau, superbe. If It Takes All Night** est une balade sympathique mais on retombe d’un cran par rapport aux 4 premiers morceaux de cette face A. Face B Bitter-Sweet*** rejoint l’esprit de Stranded, intense et atmosphérique moins rock. Joli morceau mais pour moi handicapé par les passages lourds qui ponctuent chaque refrain, ce n’est pas élégant mais les passages doux sont beaux. Triptych** est une balade délicate mais qui ne me touche pas profondément. Casanova*** remonte tout de suite le niveau, l’intensité est de retour, c’est fort, juste puissant mais inférieur à Thrill Of It All et Out Of The BlueA Really Good Time** ne m’enchante pas, pas désagréable mais indifférent. Prairie Rose**** termine l’album en beauté un autre rock au superbe son de guitare, semblable à Out Of The Blue, magnifiquement construit, sexy et intense. Magnifique solo d’Andy Mackay et de Phil Manzanera toujours excellent. J’ai longtemps hésité à proclamer que Country Life était mon préféré de Roxy, il est dense et formidable mais je considère que Stranded est supérieur. Stranded contient 4 top tracks d’une grande beauté formelle, atmosphériques lents et somptueux, Country Life est un album très différent car il comprend 4 rocks intenses. Et si j’adore le rock énergique (les Ramones uber elles) je préfère quand même ce qui est émotion et dream pop. From Wikipedia: Jim Miller in his review for Rolling Stone wrote “Stranded and Country Life together mark the zenith of contemporary British art rock.” 100% d’accord.

Album average: 3,1*

Unknown-3Siren, sorti en octobre 75 démarre avec le tube Love Is The Drug***, efficace, malin, beau son mais pas aussi profond que les rocks de Country Life. Plus commercial. End Of The Line** est une chanson intéressante, du relief, une intention, un commencement d’émotion mais elle ne va pas très loin et elle comprend des passages assez plats. Sentimental Fool* démarre lentement dans une ambiance progressiste très 70ies agréable mais tombe vite dans la banalité avec un refrain pesant dénué de charme. Pourtant le final sur la dernière minute 30 est réussi. C’est une chanson qui rappelle l’atmosphère éthéré des titres du premier album. Whirlwind* qui cloture la face A rappelle les meilleurs titres de Country Life mais sans les égaler, ça reste plat. She Sells* est une autre chanson qui tombe à plat, creuse, dénuée d’inventivité. Could It Happen To Me?* appartient au registre des balades rapides mais à la fois creuse et artificielle. Both Ends Burning**** relève le niveau. Enfin un titre réussi, énergique, puissant avec une vraie mélodie qui rappelle le meilleur de Country LifeNightingale*** est la seule balade douce et intense, réussie de Siren. même si elle n’est pas exempte de (courts) passages creux. Just Another High* cloture le disque: balade avec trop de passages lourds, sans grand intérêt. En résumé Siren n’est pas un bon disque, le charme de Bryan Ferry opère encore ça et là mais en dehors de Both Ends Burning, du tube hooky Love Is The Drug (pas une grande chanson mais un bon tube) et de quelques moments de Nightingale c’est creux. Après Stranded et Country Life on tombe de haut. Le ton est là, la voix est là, l’intention est là aussi mais l’inspiration fait défaut, c’est une copie en creux. C’est la même chose à la superficiel mais la substance n’est pas là, envolée.

Album average: 1,88* (lowest)

Unknown-4Manifesto sort en mars 79. Après 4 ans pendant lesquels ne sortent qu’un live et un best of on s’attend à quelque chose de grand (j’espérais, je m’en souviens) d’autant que Siren avait beaucoup déçu. Manifesto* rappelle Bogus Man, rythme pesant, démarche d’éléphant. Ca démarre mal. Trash** accélère mais ça reste léger et superficiel. Angel Eyes*** relève le niveau, influencé par l’esprit disco tout en restant rock, du bon Ferry, agréable, efficace. Still Falls The Rain** malheureusement rappelle davantage Siren que Stranded. Pas dénuée de charme et de sincérité mais un peu plate. Stronger Through The Years* sonne plus riche a-priori mais se révèle creuse et bien longue. La Face B démarre avec Ain’t That So** qui propose une agréable atmosphère, un peu plus de profondeur mais ce n’est pas une grande chanson. L’intro de My Little Girl** ramène l’enthousiasme, c’est bien construit, enlevé mais on n’atteint pas des sommets, après l’intro ça retombe tout de suite à plat. Dance Away* a connu un certain succès à l’époque, n’est pas exempt de jolis moments, de jolies petites trouvailles sonores, mais le refrain est affligeant de platitude. Pour moi ça ne passe pas. Cry, Cry, Cry* poursuit dans la lourdeur et la superficialité. Spin Me Round***** clot la face B. C’est une des plus belles chansons écrites par Bryan Ferry. Une très belle chanson – même si un passage au milieu, vers 1′ 50, assez court heureusement, manque de légèreté – chargée d’émotion et de nostalgie, sublime dans ses meilleurs moments, très aérienne. Bryan Ferry à son meilleur. Pour autant Manifesto n’est pas un bon disque, s’y côtoient le meilleur et le pire. On est tenté de penser que Bryan Ferry réservait le meilleur de son inspiration pour ses disques solos.

Album average: 2*

Unknown-5L’année suivante, en mai 80, sort Flesh + Blood, le premier album de Roxy qui comprend des reprises dont In The Midnight Hour** qui ouvre la face A. C’est une bonne chanson. Oh Yeah!***** est une merveilleuse chanson, bien construite, chargée d’émotion, touchante, elle me plaisait à l’époque, elle me plait toujours, elle évoque l’été, l’Amérique, une jolie fille dans le cabriolet. Same Old Scene**** est une autre très bonne chanson, qui rappelle les meilleurs moments de Country Life, mélodie, intensité, rythme, orchestrations, une belle réussite.  My Only Love*** sonne bien, une bonne balade bien construite, une jolie intensité. Flesh And Blood* n’est pas un bon titre, on y retrouve cette lourdeur familière des mauvais titres de Roxy. C’est pataud, d’où ça lui vient? Over You** s’écoute agréablement, de jolis passages de guitare mais pas marquante. Eight Miles High** est une bonne reprise, bien agencée mais pas une grande chanson, inutilement longue. Rain, Rain, Rain** n’est pas sans intérêt, manque toutefois de finesse, surtout le refrain. No Strange Delight*** remonte le niveau, jolie et intense et Running Wild**** cloture magnifiquement cet album beaucoup plus riche qu’un Siren par exemple et même que Manifesto.

Album average: 2,8*

Unknown-6Avalon sort en mai 1982. Album populaire, le seul numéro 1 en Angleterre. More Than This*** est le tube, une jolie chanson, habile. The Space Between* est un titre plat, sans aucune aspérité, sans intérêt, c’est léger, banal. Avalon*** est une jolie ballade, sophistiquée, mais qui n’atteint ni Mother Of Pearl, Song For Europe ou Beauty Queen. On l’entendait souvent dans les magasins de hi fi. C’est propre, bien réalisé mais l’émotion n’y est pas. India* court intermède sans saveur. While My Heart Is Still Beating* malgré le joli titre ne fait pas grande impression, c’est maitrisé mais à quoi bon, ça ne décolle pas. Mais The Main Thing* est encore pire. C’est une de ces chansons lourdes, pataudes comme Ferry en colle dans chaque album, une constante que me dépasse. C’est très paradoxal de pouvoir produire simultanément des titres aériens, sensibles et d’une sophistication émotionnelle rare avec  des morceaux comme The Main Thing, d’où lui vient cette inspiration? Take A Chance With Me*** rappelle Oh Yeah! en moins intense mais une jolie mélodie qui ne tombe pas à plat. Peut-être ma préférée sur AvalonTo Turn You On* ne présente aucun intérêt. J’ai été tenté de mettre deux étoiles à True To Life* qui contenait un peu plus de relief mais elle est trop languide, trop plate. Tara* clôture l’album sur une note qui se veut exotique mais n’amène rien. Aucun rock puissant (où es-tu The Thrill Of It All?), aucune émotion vraiment puissante, c’est un album qui ne fait pas regretter la fin du groupe. Ils ont produit des chefs d’oeuvre. Plus que bien d’autres groupes. Soyons-en reconnaissants.

Album average: 1,9*

SYD MATTERS dream-nostalgia-tendresse

UnknownEn 2003 j’ai acheté A Whisper And A Sigh – probablement lu une jolie critique – et j’ai considéré que c’était un des 3 plus beaux disques de cette année-là. Je ne me souviens plus quels étaient les 2 autres, il faudrait que je cherche dans mon Journal. Syd Matters m’a plu car il avait le sens mélodique des meilleurs et toutes ses chansons étaient tendres et douces à la fois, toutes empreintes de mélancolie, de nostalgie. Une musique propice à la rêverie. Ce que je préfère. Douceur, tendresse et mélodie, c’est pour moi la combinaison idéale. Un Français au top. Puis il a sorti Someday We Will Foresee Obstacles, la même ambiance mais peut-être un tout petit peu moins dense en titres forts. Et encore??? Rétrospectivement je crois que je l’ai jugé trop sévèrement, j’avais tellement aimé A Whisper… Toujours aussi agréable, on se laisse emporter, on se laisse bercer par l’atmosphère de tendresse. Ensuite Ghost Days puis Brotherocean superbe. Merci Jonathan, tu écris des musiques de film, tu sembles très occupé, j’espère que tu sortiras bientôt un nouveau Syd Matters. Même si ton oeuvre est déjà riche et te place au sommet des musiciens français.

End & Start Again*****, Automatic****, Battle Of Olympus****, Bones****, Cloudflakes****, Flow Backwards****, Hi Life****, I Was Asleep****, Little Lights****, Lost****, Rest****, Someday Sometimes****, A Robbery***, Black & White Eyes***, English way***, Everything Else***